Utrillo à Sannois

Maurice Utrillo est venu plusieurs fois a Sannois pour des cures de désintoxication. C'est l'historien d'art Elie Faure qui avait recommandé à Louis Libaude (il avait Maurice Utrillo sous contrat), la clinique privée du docteur Revertégat à Sannois. Le docteur Revertégat dirigeait également un service à l'hôpital psychiatrique de Saint-Anne, à Paris, où Utrillo avait déjà été interné, en 1904, à la suite d'un delirium tremens.

Les séjours de Maurice Utrillo à Sannois dans la clinique du docteur Revertégat vont le marquer profondément. Voici comment il plante le décor du village de Sannois lorsqu’il le découvre pour la première fois.

"Là-haut, sur les hauteurs de la colline de Sannois, la vue s’étend vaste et profonde dans un cercle visuel d’un rayon d’au moins sept lieues terrestres, mais en reportant ses regards sur le village cité plus haut, on aperçoit une maison quelque peu bourgeoise que nulle enseigne ou plaque ou publicité ne dépare."

Dans une ambiance véritablement familiale, Utrillo se remet promptement et peut, en compagnie d’un infirmier qui lui porte son chevalet, se promener dans les rues de Sannois ou dans les alentours et imprimer sur la toile les marques de son génie. En quittant Montmartre, il trouve là douceur et équilibre. Sa production est de meilleure qualité. Il nettoie sa palette de certaines préparations qu’il juge désormais inutiles : nous sommes en plein coeur de la "période blanche" (1910-1914), la plus réputée de l’artiste.

A l’époque où les maisons psychiatriques étaient des lieux de claustration, Utrillo trouve au contraire dans la clinique de Sannois une ambiance propice à la rêverie créatrice. Original parmi les médecins de l’époque, le docteur Revertégat avait des pratiques médicales radicalement opposées à celle de ses confrères.

C’est ainsi que des rues ou des moulins de Sannois sont aujourd’hui accrochés aux cimaises des plus grands musées du monde...
Dans sa biographie, à propos de son séjour à la maison de santé du docteur Revertégat à Sannois, Utrillo termine sur ces quelques lignes :

"Chambre très confortable avec un parc très conséquent et toutes sortes de distractions. Permissions de fumer et café après déjeuner et l’après-midi à seize heures. Hélas, que n’ai-je profité des conseils humanitaires de cet aimable docteur qui me recommandait d’une manière formelle de m’abstenir de toute liqueur alcoolique. Je n’aurais pas par la suite été entrainé dans le tourbillon des turpitudes humaines."

Valadon, Utrillo, mère et fils

  • 1865 : Naissance de Marie-Clémentine Valadon, de père inconnu, le 23 septembre, à Bessines-sur-Gartempe, en Haute-Vienne, baptême le 24 septembre.
  • 1873 : Instruction dans une école religieuse, à Montmartre, et premiers dessins.
  • 1880 : Suzanne Valadon devient modèle pour Puvis de Chavanne, Renoir, Toulouse-Lautrec et Henner.
  • 1883 : Suzanne Valadon donne naissance à son fils Maurice, de père inconnu.
     
  • 1891 : Suzanne Valadon rencontre Miguel Utrillo critique d’art, homme de lettres, journaliste et architecte.
     
  • 1893 : Miguel Utrillo reconnaît Maurice à la Mairie du 9ème arrondissement de Paris. Valadon a une liaison avec Erik Satie.
  • 1894 : Suzanne Valadon se lie d’amitié avec Degas qui lui enseigne la gravure en taille douce.
  • 1896 : Suzanne Valadon épouse un agent de change, Paul Mousis, Utrillo a 12 ans.
     
  • 1900 : Utrillo à l’âge de 17 ans abandonne le lycée Rollin. Il fait des petits boulots mais il est tourmenté par un alcoolisme précoce.
     
  • 1901 : Première cure de désintoxication, Utrillo est interné plusieurs mois à l’Hôpital Sainte-Anne à Paris.
     
  • 1905 : Paul Mousis fait construire un pavillon à Montmagny pour y installer sa famille (Valadon, Utrillo et sa grand-mère maternelle).
     
  • 1909 : Valadon fait la connaissance du peintre André Utter, 23 ans, dont elle tombe amoureuse. Elle divorce de Paul Mousis.
     
  • 1912-1913 : Utrillo effectue plusieurs séjour à Sannois (Val d’Oise), à la clinique du docteur Revertégat. Voyage en Bretagne et en Corse.
  • 1914 : Utrillo vient de nouveau solliciter les bons soins du docteur Revertégat, qui, le trouvant dans un état alarmant, le fait hospitaliser à l’Hôpital psychiatrique de Sainte-Anne puis à l’hôpital de Villejuif, où il sera interné pendant plus de onze mois.
     
  • 1920 : Valadon est élue membre du Salon d’Automne. Ses oeuvres sont vendues aux enchères à l’Hotel Drouot.
     
  • 1922 : Utrillo rencontre un grand succès depuis la vente de la peau de l’Ours en mars 1914 à l’Hotel Drouot.
  • 1926 : Valadon emménage avenue Junot à Montmartre dans la maison que Maurice Utrillo lui a achetée.
     
  • 1931 : Les relations entre Valadon et Utter s’assombrissent.
     
  • 1933 : Valadon peint moins. Utrillo devient un fervent catholique et réclame le baptême.
     
  • 1934 : Valadon s’éloigne d’Utter qui s’installe dans l’atelier de la rue Cortot, où vivait le trio familial. Elle s’est liée d’amitié avec un jeune peintre "Gazi, le Tartare".
     
  • 1935 : Valadon est soignée à l’Hôpital Américain pour diabète et urémie. Elle propose à Lucie Valore veuve de Robert Pauwels, d’épouser Maurice Utrillo, mais souffre de son départ.
     
  • 1936 : Valadon peint essentiellement des fleurs, qu’elle dédicace à ses amis, quelques natures mortes et les derniers portraits
     
  • 1938 : Valadon décède d’une congestion cérébrale, le service funèbre a lieu à l’Eglise Saint-Pierre de Montmartre, ensuite elle est inhumée au cimetière Parisien de Saint-Ouen. Profondément affecté, Utrillo n’a pas la force d’assister aux obsèques. Il s’installe au Vesinet sous la bienveillante surveillance de son épouse. Il signe un contrat avec Paul Pétridès.
  • 1955 : Peu de temps avant sa mort, Utrillo participe au film de Sacha Guitry "Si Paris m’était conté", dans lequel il apparaît comme le chantre de Montmartre. Il s’éteint à Dax (Landes) le 5 novembre.

Maurice Utrillo et Suzanne Valadon jouissent d’une renommée internationale.