Commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918 : discours de Monsieur le Maire

Voici l’intégralité du discours prononcé par Monsieur le Maire, Bernard Jamet, à l’occasion de la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918.

Madame la députée, Madame la vice-Présidente du Conseil Départemental, Monsieur le maire honoraire, Mesdames et Messieurs les élus , Mesdames et Messieurs les représentants de l’Etat, Mesdames et Messieurs les représentants des cultes, Mesdames et Messieurs les chefs d’établissement, Mesdames et Messieurs les professeurs, Mesdames et Messieurs les représentants des associations patriotiques, Chères Sannoisiennes, Chers Sannoisiens, Chers enfants,

 

1914, 1915, 1916, 1917, depuis plus de trois ans, la guerre s’enlise dans les tranchées formant la ligne de  front entre les deux armées belligérantes . Trois longues années qui  résonnent dans notre mémoire collective comme  le glas d’un clocher dominant un monde perdu dans sa folie meurtrière.Cette mémoire-là forge l’histoire de la France. Mais, Elle fait trop souvent la part belle aux faits importants et elle peut amoindrir parfois la souffrance singulière de chacun des hommes qui furent pris dans cette tourmente.

Alors, posons un instant notre regard sur un jeune soldat qui depuis trois ans égrène les jours  comme Sisyphe roulait éternellement   son rocher jusqu’en haut de la colline. Il égrène ces jours sombres comme un ciel d’hiver… Il est loin son village de Provence ;  il est loin le champ de lavande d’où s’exhalent des parfums délicieux après une douce ondée printanière ; il est loin l’ocre des collines se dessinant sur le bleu du ciel, un jour d’été ; ils sont loin les aboiements des chiens et les rires des copains, au petit matin automnal d’une partie de chasse ; ils sont loin les crépitements des bûches se consumant dans l’âtre lors des longues veillées d’hiver.Rien dans ce qui l’entoure ne peut lui rappeler toutes ces choses familières, et  surtout, surtout, rien ne peut lui rappeler tous les êtres aimés  qu’il a quittés, un jour d’été, pour répondre à l’appel de la nation envahie.

Pourtant,dans la poche de sa vareuse, il garde précieusement  une  lettre de sa  mère ou peut-être de son épouse .Cette lettre au bas de laquelle sont écrits quelques mots d’une main malhabile, ceux de son enfant lui criant son amour, et faisant écho que là-bas, dans la maison familiale, le monde d’avant existe encore.

Mais, peut-il  y croire ? Peut-il  y croire ? N’est-ce pas un rêve, une chimère quand tout autour de lui, l’enfer s’incruste par tous les pores de sa  peau ?

Partout la boue, partout, l’odeur pestilentielle du champ de bataille couvert de morts, partout les mêmes regards affolés qui n’ont d’ horizon que la paroi terreuse de la tranchée, seule frontière d’un lendemain qui ne viendrait jamais.

Car pour ce soldat du front, la guerre consume  son  avenir.

Et c’est peut-être,  pour oublier  que ce soldat et tous les autres sont  la jeunesse de France, qu’à l’arrière, on les appelle  les Poilus.

Ces Poilus  que jeune enfant, je voyais aller dans les rues de SANNOIS, boitant bas, une jambe ou un bras en moins, parfois les deux,  mutilés dans leur corps et saccagés dans leur âme.

Je les regardais avec compassion et je ne sais pourquoi, avec un peu de crainte.

Je ne savais pas alors qu’ils avaient été la jeunesse de la France. Et eux, se souvenaient-ils de leurs années d’enfance ? S’en souvenaient-ils ?

 La guerre, monstre hideux, n’avait-elle pas à jamais éteint la lumière de leurs années heureuses ?

Et là, au fond de la tranchée, dans  l’étroitesse de leurs conditions infernales, ils ne peuvent pas  comprendre, lui et tous les autres qu’en cette année 1917, la Grande Guerre prend  un tournant décisif.

Les États-Unis entrent dans le conflit.

Cette jeune nation, étroitement liée à la France par un pan d’histoire commun, apporte aux combats un souffle d’espérance et de vitalité.

De nouvelles armes font leur apparition. Les chars Renault laissent envisager, chez les généraux, des combats plus efficaces et moins meurtriers.

On confie alors  ce qui doit être l’assaut décisif au général Nivelle. C’est  un désastre.

Chaque jour, ce sont des milliers de morts qui jonchent le champ de bataille.

Et là-bas, à l’arrière, dans chaque village, dans chaque famille, on pleure son  fils, son  frère, son père,  son fiancé  ou son époux.

Mille morts, dix-mille morts, c’est une statistique, mais un parent disparu, c’est un deuil.

De part et d’autre de la ligne de front, on assiste alors à des mutineries. Dans le pays aussi, le peuple se révolte. Des grèves ouvrières paralysent l’industrie. La lassitude, le découragement gagnent ces soldats meurtris par tant de souffrances et gagnent aussi le peuple éreinté par ce conflit interminable.

Les meneurs sont fusillés ; et à l’angoisse des attaques du camp ennemi s’ajoute   alors  la terreur pratiquée à l’intérieur de nos propres lignes.

En cette fin d’année 1917, Georges Clémenceau, nouveau Président du Conseil, restaure la confiance sans laquelle tout combat reste vain. Il est et restera, à jamais, la figure tutélaire d’une France qui n’abdique pas.

Pour lors, si à la tête de la nation, l’espoir raisonnable d’une victoire future  dessine un avenir moins désespérant, au fond de sa tranchée, le soldat, lui, reste seul.

Car la guerre , effroyable maelström mêlant des millions de gens, ne sème pas seulement la mort ; elle crée aussi la solitude.

A cet égard, rien  n’a changé depuis un siècle.

Partout où le bruit et la fureur des armes sèment la terreur, à  Paris, à Nice, à New-York ou bien ailleurs, pour celui ou celle qui subit la folie meurtrière des ennemis du genre humain, c’est d’abord la solitude qui l’étreint.

La peur, l’effroi, qui paralysent, qui ramènent  chacun à sa portion congrue d’humanité, ronge subrepticement toute construction d’une société pacifiée.

Le grand Victor Hugo, dans son poème, l’Expiation, dit en un vers ce que tant de ces soldats ont dû  ressentir au fond de la tranchée :

<< Et, chacun se sentant mourir, on était seul>>

<< Et chacun se sentant mourir, on était seul>>

Chers amis Sannoisiens, chers élus, chers professeurs, chers enfants, aujourd'hui,  11 novembre 2017, on n’est pas seuls. On n’est pas seuls ! La paix se construit ensemble, tous ensemble, comme s’imbriquent harmonieusement les pièces d’un puzzle  sur le territoire de la France.  Nous sommes nombreux, nous sommes les acteurs, les bâtisseurs de notre maison commune.

Cette maison, c’est la nation française. Son art de vivre, c’est la république.

Que chacun d’entre nous y mette la petite étincelle qui la fera briller aux yeux du monde entier et nous aurons alors accompli notre devoir de citoyen pour que vive la République, pour que vive notre patrie  et pour que vive la France !